Mercredi 9 septembre 2009 3 09 /09 /Sep /2009 23:33

Tout commence à Chamonix, pays de tant et tant d’aventures en montagne, de tant et tant de guides, alpinistes, sportifs en tout genre, de tant et tant de récits de folie, d’exploits et records…

Ici il y a ceux qui tourisment et ceux qui grimpent. Alors on part faire quelques achats et location de matériel, pour ressembler à ceux qui grimpent. Ne pas oublier d’enlever les traitres étiquettes. Nous sommes le 08 septembre 2009. Nous nous préparons pour le Mont Blanc.

 

Arrivée de Zébulon, toujours en pleine forme et d’un positivisme à toute épreuve. Notre guide préféré boucle sa saison avec nous, nous en sommes très honorés. Nous serons trois sur la corde. Cette année je suis accompagné par Anne, ma belle sœur, la sœur de la femme de ma vie. Autrement dit j’ai intérêt d’en prendre soin…Jeune, jeune mariée, jeune maman de jeunes enfants, y’a pas le choix il faut la ramener jeune et entière !

 
Benne à 16h30, direction l’Aiguille du midi, la pression monte, nous aussi. Nous atteignons l’altitude 3800m en quelques minutes et je me sens comprimé. Maux de tête et écœurement, je retrouve les bonnes sensations des premiers signes du mal des montagnes. Mais pas de panique, tout cela s’estompera en quelques heures, le temps d’habituer nos corps au changement de pression atmosphérique.




On s’équipe et nous voilà sur la belle arête de l’aiguille, toujours aussi fière et majestueuse, le début de notre belle aventure.

Arrivée au refuge des Cosmiques en moins d’une heure, la mise en jambes est ultralight, tout comme ma nouvelle voile Ozone Ultralight que je porte fièrement dans son mini sac selette réversible. Avec seulement 2,8 kg, cette voile est actuellement le parapente le plus léger du monde !! Et j'ai d'ailleurs l'impression de l'avoir oubliée... Cette année j’ai misé sur le poids. Avec moins de 4 Kg de matériel sur moi, je ne vois pas ce que je peux encore enlever, à part mes barres énergétiques (là je peux encore faire un effort !!!) et le logo ULTRALIGHT mais tout de même, j’en suis fier du logo ! C’est mon ami Samir Elari qui m’a recommandé et vendu ce petit vélo de course. Lui aussi est branché light. Instructeur ULM au nord de Lyon (Ulm Découverte), il diffuse en France un nouveau pendulaire, économique, rudimentaire et ultra léger, le Dragonfly (voir article sur le blog). Une vrai machine à thermiques, j’ai pu l’essayer et depuis je fais la chasse au poids comme d’autres passent au tout bio (n’est-ce pas Gégé). Gégé c’est la femme de ma vie. Pour ce qui est de l’Ozone Ultralight, cette voile est un concept à part. Avec ses suspentes pas plus épaisses que du fil à coudre et sa toile quasi transparente, on dirait un cerf volant de papier chinois. Pas très rassurant tout ça. Mais j’ai confiance. Après un vol d’essai concluant à la pointe de Ressachaux près de Morzine, je sens que ça va bien se passer.

 

Le refuge des Cosmiques est plus que confortable. L’accueil y est charmant, bien plus qu’à l’hôtel Mercure ! On dîne, on discute, on écoute Zeb nous parler de sa vie de guide et de sa vie de bucheron. Oui oui, à temps perdu Zébulon va couper des monstres arbres dans la forêt tout là haut dans la montagne de Sardières et devinez pour quoi faire ??? La charpente de sa future maison !!! Rien que ça !!! Le mystère avec Claire et Zeb, c’est qu’on ne sait jamais là où ils vont s’arrêter. Ces deux-là forment une équipe de choc et la relève promet d’être un bon cru. Imaginez deux minis zébulons en train de sauter de plus de 3m dans un canyon ou arrachant les commandes des mains de papa maman pour piloter le bi place après avoir randonné 5h en famille la voile dans le sac… C’est comme ça qu’on en fait des gaillards, Claire et Zeb ont raison. Dès demain j’emmène Zac en vélo mais cette fois c’est papa qui monte dans le siège baby !


 

Une nuit idiote et inutile entre 22h et 00h30, un petit déj précoce et c’est parti pour l’aventure, la vraie. La nuit est étoilée. On chausse les crampons, on branche les frontales et on s’encorde.
Feu. Mise en jambe sur le glacier jusqu’au col du Midi puis on attaque le Mont Blanc du Tacul. C’est long mais on marche bien. Anne a quelques difficultés pour cramponner (elle tient de son père) mais elle comprend vite et une fois la technique acquise, elle grimpe comme un lapin (c’est pas moi qui l’ai dit, c’est Zeb !!). Le premier objectif est rapidement atteint et on se rend compte que la cordée fonctionne bien. Pas trop d’arrêts, bon rythme, ça promet un sommet en début de matinée…


 

On enchaîne par la partie technique, l’épaule du Mont Maudit. Là j’apprécie vraiment d’être équipé poids plume. Mes chaussures sont des pantoufles, cramons et piolet sont légers, mon baudrier est fin comme un porte jarretelles. Ajouté à cela mon sac sellette string, autant dire que je n’ai pas le look baroudeur ours des montagnes mais plutôt bobo techno en plein régime !!!
Mais bon, équipé ainsi, le Mont Maudit est une formalité et son fameux couloir de glace un jeu d’enfant. Anne sait garder son sang froid dans les passages les plus exposés, nous franchissons cette pente raide avec aisance et souplesse. Zeb est là-haut, corde tendue, pour assurer notre sécurité. Une fois sur l’épaule du Maudit, je me retourne pour voir la voie que nous venons de passer. La pente du couloir m’impressionne. Dire que j’ai peur du vide… Ne pas le dire à Zeb !

 

On redescend pour la troisième fois depuis le début de cette ascension, direction le col de la Brenva. Ascension, ça ne veut pas dire monter ?? C’est là toute la difficulté de cet itinéraire. On monte et on descend ! Et on recommence.  Et ça, à 4000, ça énerve. Mais bon, ça permet de se reprendre son souffle et de discuter un peu construction ossature bois, décoration, béton ciré…


Dernier round, enfin la pente du Blanc devant nous. Cette fois galvanisés par notre grande forme et surtout très refroidis par le vent de nord, on monte à Mac 2. Le mur de la Côte glisse sous nos crampons, Zeb double les cordées sans clignotant, je souffle comme un asthmatique mais je remplis mon rôle de dernier de cordée.

Nous atteignons le Top of The White Mont à 07h30 heure locale. Soit l’ascension du sommet en 6h. Record absolu pour moi qui avait fait une fois 14h par la voie normale et une fois 10h par la voie des trois mont Blanc. La prochaine fois je tente 05h30…

 


Là-haut c’est beau, le soleil se lève à peine, l’ombre portée du mont blanc plonge encore la moitié de la vallée dans la nuit noire.

A l’Est le lever sur le massif et les aiguilles est époustouflant. Avec Anne nous pleurons. Elle vient de réaliser son rêve de petite fille et j’en prends toute la mesure. Vivre une telle émotion à deux est pour moi un vrai bonheur. Mes deux premiers vols Mont Blanc avaient été solitaires. J’avais pleuré tout seul. Mais le vivre en direct à plusieurs, en famille ou entre amis, ça c’est une sacrément belle expérience.

Je prends quelques instants pour me recueillir, seul. Je prie pour ma sœur Lucie et pour ses trois jeunes enfants. Je pense très fort à Paul, son mari, qui vient de nous quitter. Je lui jure de prendre soin des siens, de son petit dernier, qui n’a que sept ans, de son junior de 13 ans et de sa grande fille qui vient de ne pas fêter ses 16 ans. Je pense à ses deux grands fils aussi, désormais orphelins de leurs deux parents. La vie est tordue, Bon Dieu qu'elle est injuste et tordue. Je leur dédie ce Mont Blanc.


Zeb me redonne le sourire en marchant sur les mains. Un équilibre parfait sur l’arête sommitale. Une minute sur les mains, le temps de prendre deux photos floues !!! J’en ai marre des numériques ! Vive les bons vieux appareils jetables.

 

Il fait froid et nous sommes fouettés par des rafales de vent de nord d’au moins 25km/h. Ca va être chaud !! Je m’en remets à Zeb et sa grande expertise des décollages en haute montagne (ce mec là a quand même décollé plusieurs fois de l’Everest ainsi que des plus hauts toits du monde). Avec Claire, sa charmante  épouse et accessoirement championne du monde de parapente, ils ont décollé en biplace des plus hauts sommets du monde. Allez voir leur site  http://pagesperso-orange.fr/claire-zeb/fr/r3.html  . Après ça vous commanderez le bouquin et le DVD de leur aventure  et lorsque vous trouverez la vie trop fade, les soirs de pluie en janvier, vous aurez de quoi vous évader. A lire et à voir sans modération !

Zeb galère tout de même avec le pré-gonflage de l’Ultralight. La voile est une Ostie et se transforme sans cesse en chiffon par effet spi. Le démêlage n’est pas facilité car les suspentes sont non gainées.
Enfin prête et maintenue au sol grâce à l’assistance de mon copain de cordée Anne, baptisée Nanou ou Robert pour l’occasion ( 
J), je me prépare, assis dans la pente et plaqué au sol par Zeb et un autre guide qui accepte de nous assister. A trois, après moulte rafales et manœuvres complexes pour maintenir le bord d’attaque en corolle, Zeb lève la voile et lui fait prendre sa vitesse puis il me lâche et je me fait arracher proprement. C’est un décollage musclé, virile mais si incroyable… Merci Bertrand Roche, merci Zébulon. Tout cela je te le dois. Tu me permets une nouvelle fois de décoller de là-haut, tu m’as assuré comme peu de guides et pilotes savent le faire. Grace à toi mon rêve se réalise à nouveau. Je t’en suis reconnaissant à vie. Et je compte sur toi pour la prochaine édition…



 

S’en suit un vol majestueux dans un air calme et laminaire. L’Ultralight est une voile sûre, franche aux commandes mais complètement saine et solide. Je m’enfonce dans la sellette confortable malgré sa maigre composition.

Encore bravo à Ozone, l’ensemble voile / sellette est un produit magnifique à recommander à tous les grimpeurs parapentistes. Penser à rajouter un porte piolet sur le sac sellette, des deux côtés (pratique en vol car il ne tient pas dans le sac). Attention aussi aux crampons, risque de déchirures et crevaisons diverses et variées (mon camelbak en a fait les frais…).

 

Après avoir longé tout notre itinéraire, flirté avec les dizaines de cordées en route pour le sommet, je m’enfonce peu à peu dans l’air lourd du fond de la vallée. Peu de bruit dans la ville, tout est calme ici bas. Il est à peine 09h30 lorsque je touche le sol. Posé vivant, posé content… Je lève les yeux vers le sommet, la gorge serrée. Toujours pas de voile dans le ciel. Et s’ils n’arrivaient pas à décoller. Au vu des difficultés pour assurer mon propre décollage à 3 personnes, il y a peu de chance qu’ils aient pu décoller en Bi Place dans la foulée. Dans l’attente d’une bonne nouvelle j’essore ma voile ultramouillée. Ah La rosée des atterros du petit matin de la fin de l’été… J’essore mais y’a rien à faire, c’est trempé.

 

Il faudra encore une heure après mon décollage avant que mes deux compagnons s’arrachent à leur tour du toit de l’Europe. Sans aide aucune, merci les copains ! Zeb a tout fait tout bien, comme d’hab. Il m’a ramené ma nanou vivante, entière, jeune et heureuse, voir même complètement transcendée.

Ca y est, nous sommes tous là. Dire qu’il n’aura fallu que quelques heures pour vivre tout ça. Nous n’en revenons pas.

 

Un gros petit déj (c’est le deuxième du jour, à croire qu’on ne fait que bouffer !) dans un café sympa, entourés de quelques copains de Zeb. On raconte on rigole, on regarde les photos, on reraconte on rerigole. Et puis voilà, il faut bien que ça s’arrête. Alors on trie le matos, on refait les sacs, on se serre dans les bras, on se dit merci, encore merci, on se dit à la prochaine fois. Et notre Zeb s’en va, retrouver sa famille, entamer sa deuxième journée en déchargeant une semi de bois pour construire une maison ! Rien que ça. Bon courage Zébulon.

 

On a repris la route, on s’est fait des pâtes, Anne est partie et moi je suis allé au bureau. Le soir je suis allé faire du vélo, avec Zacharie derrière. Histoire de voir où j’en étais avec moi-même, dans mes muscles et dans ma tête. Pendant la balade j’ai raconté à Zac, ce que je venais de vivre. Comme il a deux ans il m’a répondu “ a baee“. Ca veut dire “à boire“.

 

Alors, parce que j’ai senti que je le saoulais avec mes histoires de vieux con et que nous n’avions pas encore une grande complicité sur le plan sportif (il a encore voulu monter derrière sur le vélo), je lui ai fait une promesse. Je lui ai dit :

“Mon fiston, quand tu auras 18 ans papa t’emmènera tout là-haut sur le Mont Blanc. On demandera à Zébulon s’il veut bien nous guider. Avec lui tout va toujours bien alors ça devrait bien se passer. Tu verras mon fiston, on ira tout là-haut et puis on décollera sous le pahapapennte comme tu dis. C’est promis mon Zazou, un jour on pleurera ensemble au sommet du Mont Blanc“.

 

 

Et pour finir, un peu de pub en images...

A commencer par  la triple championne du monde de parapente, Sandie Cochepain, sous le parapente le plus léger du monde, l'Ultralight de chez Ozone, c'est ici... (Claire, si tu veux un beau film de toi en train de décoller de l'Everest, tu me demandes, y'a pas de soucis, j'te prête mon Ultralight...)



Dans le même esprit, pour voir le champion du monde d'Ulm pendulaire, Samir Elari, sous son ulm Dragonfly ultraléger, c'est par là...


Et pour finir en se donnant des ailes, voici notre Zéb national dans une belle aventure qui a eu lieu l'année dernière, toujours au sommet du Blanc (tu vois Fred, bientôt y'a plus que toi qui n'aura pas décollé de là-haut...). C'est en dessous :

Et un beau récit pour tout comprendre, sur le site que voici :
http://www.lesaiglesduleman.fr/v2/fr/Les-Ailes-de-la-liberte/le-projet/mont-blanc-compte-rendu.html
Par jean dubreuil
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